ARK NETWORK reference.ch · populus.ch    
 
  
Bienvenue sur le site de AMEN Magazine 
 
 
Rubriques

 Home

Première mondiale

 
Première Mondiale en Afghanistan. 
Grand Entretien avec le pasteur Philippe MARTINEZ 
 
Le pasteur français Philippe Martinez, s’est rendu en Afghanistan du 6 au 21 octobre 2008, afin de préparer une grande expédition sur le Mont Noshaq (7500m). Egalement guide de Haute-Montagne, Philippe Martinez avait réussi l’exploit de se rendre au sommet de l’Everest, le 17 mai 2006, dans le but d’y célébrer un culte et d’y enfouir une Bible. Désormais, il s’apprête à réaliser une autre grande première mondiale, en permettant à un Afghan de gravir les 7500m du Mont Noshaq. De retour en France, après un voyage d’acclimatation, le pasteur alpiniste nous raconte son séjour bouleversant au sein du peuple Afghan… 
 
Paul OHLOTT : Philippe Martinez, vous rentrez tout juste d’Afghanistan… Pour quelles raisons êtes-vous allé dans ce pays ? 
 
Philippe MARTINEZ : Je suis allé là-bas dans le cadre d’une expédition que nous voulons réaliser en 2009, afin d’aider ce pays à sortir des ténèbres. Leur Mont Noshaq, qui est un peu notre Mont Blanc, s’élève jusqu’à 7492m. En tant que chef de cette expédition, je vais tout faire pour amener un Afghan au sommet. Ce serait une grande première et une grande fierté pour eux. Le Mont Noshaq se situe dans une zone qui craint un peu, mais je pense que c’est important d’y aller. 
 
« Si on ne fait pas attention, on peut mourir à chaque instant.  
C’est le Moyen-âge ! » 
 
Paul O. : Comment avez-vous trouvé le pays ? 
 
Philippe M. : Lorsque j’étais à Kaboul, j’ai vu toute la bérézina et l’horreur qui règne. Je connais bien les pays musulmans, mais je peux vous garantir que je n’ai jamais vu ça ! Néanmoins, je m’y attendais un peu, car le pays sort de 40 ans d’anarchie et de guerres. Il n’y a plus de conscience, les gens font n’importe quoi à tous les niveaux. Ils roulent à toute allure, ils n’ont ni permis de conduire, ni assurance. Les gamins conduisent des Honda 250 ! Et il y aussi les champs de mines. Il ne faut pas oublier que l’Afghanistan est l’un des pays les plus minés au monde. Il y en aurait environ 3 millions ! Si on ne fait pas attention, on peut mourir à chaque instant. C’est le Moyen-âge ! Dans les rues, il faut voir le nombre d’enfants qui n’ont plus de jambes et qui font la manche toute la journée, allongés sur le dos. Chaque jour, tu assistes à des scènes qui te brisent le cœur. Je crois que le pays va s’en sortir, mais ils ont besoin d’un sérieux coup de main ! En tant que civil et pasteur, je veux participer à cet élan de reconstruction. 
 
Paul O. : Qu’en est-il du Christianisme sur place ? 
 
Philippe M. : C’est très simple… Il n’y a pas un seul curé catholique ou pasteur protestant ! Les seuls pasteurs présents sont des aumôniers militaires, qui restent avec les militaires. Il n’y a aucun missionnaire qui patrouille dans le pays à l’heure actuelle. C’est vraiment un désert spirituel. Les Afghans n’ont quasiment jamais entendu parler du Christianisme, que ce soit le Catholicisme ou le Protestantisme. 
 
Paul O. : Un tel contexte a-t-il changé votre perception de la vie chrétienne ? 
 
Philippe M. : C’est une évidence. Je vais vous raconter une anecdote. On devait traverser un champ de mines, et nous marchions sur un tout petit sentier de 30 ou 40 cm de large. Je suivais donc mes amis prudemment et j’avais sorti mes bâtons de randonnée. C’est alors que mon ami Sharif s’est jeté sur moi, avec une trouille à vous glacer le sang. Il m’a pris les bâtons des mains et ne me les a rendus qu’une fois sortie de cette zone dangereuse. Ce qu’il a fait m’a énormément parlé, en tant que pasteur. On dit souvent que Jésus est le chemin, et c’est vrai, mais bon soyons clairs, on est en Occident, il ne faut pas être religieux ou légaliste, alors on peut étendre un peu nos bras, et ce n’est pas grave si on s’écarte un peu du chemin… Mais quand tu marches sur un sentier étroit et que tu peux exploser à tout moment sur une mine, pour un simple écart de quelques centimètres, tu ne vois plus les choses de la même manière. Peut être que l’on se permet des écarts dans nos vies, parce qu’on n’a plus la conscience du danger, et que dans la grâce infinie de notre Seigneur, on n’a pas un bras ou un oeil arraché dès que l’on pèche… Mais ce que j’ai vécu là-bas m’a interpellé. Je ne suis pas pour la charia ou pour imposer la Burka à tous les évangéliques, dormez tranquille à ce sujet, mais je remercie le Seigneur pour cette leçon qu’il ma apprise. Effectivement, si on respectait vraiment Le Chemin, on verrait un peu plus de résultats dans nos vies. 
 
« J’ai découvert un peuple vraiment attachant et sympathique. Je ne les laisserai pas tomber, et je ne me laisserai intimider par personne » 
 
Paul O. : Vous avez pu circuler facilement sur place ?  
 
Philippe M. : Oui, mais il faut être très prudent, car les routes, ou plus exactement, les pistes, sont extrêmement dangereuses. Il faut savoir qu’il y a une multitude de faux gendarmes et de faux militaires qui dressent des barrages. C’est pourquoi d’ailleurs, tout le monde court de villes en villes dans la journée, et à 18h, dès que la nuit arrive, plus personne ne prend sa voiture. Si tu tombes sur un faux barrage, tu es non seulement pillé, mais tu es aussi violé, que tu sois une femme ou un homme. Le pays est tellement vaste que l’armée est dépassée. 
 
Paul O. : Est-ce bien raisonnable d’organiser une telle expédition sportive, quand les risques sont si grands ? 
 
Philippe M. : Paul, écoutez moi… Quand je m’apprêtais à revenir en France, mes amis afghans m’ont serré sur leur cœur, au point de me faire pleurer. Tous m’ont dit : ‘’S’il te plaît, ne nous laisse pas tomber, reviens !’’… Un appel d’autant plus fort que les Afghans ne peuvent pas sortir de leurs pays. Tout le monde a peur que le terrorisme s’expatrie et donc personne ne leur délivre de visas. Ils sont enfermés, ils ont subi les Russes, les Talibans, et les Américains… Personne ne les aide, et ils ont le moral dans les chaussettes ! Alors, je ne dis pas que je possède toutes les solutions, mais j’ai découvert un peuple vraiment attachant et sympathique. Je ne les laisserai donc pas tomber, et je ne me laisserai intimider par personne. Bénir quelqu’un, c’est lui faire du bien. Ce n’est pas juste lui dire ‘’je te bénis, je te bénis !’’. On s’en moque de ça ! Si tu veux bénir quelqu’un, demande toi comment et combien tu l’aimes. Est-on capable de payer un cartable, une trousse de pharmacie, et tout ce dont notre prochain a besoin ? Ce sont nos œuvres qui vont nous suivre là-haut, pas notre tchatche ! Qu’avons nous produit dans ce pays qui a collé un sourire sur le visage des gens ? Je crois que c’est ça le véritable amour du prochain. Sommes-nous capables, au-delà de nos convictions, de notre petite tour de Babel évangélique, d’aimer ces gens gratuitement ? Pour moi, le vrai challenge sur cette Terre, c’est d’aller dans les endroits les plus sales, avec sagesse et non un esprit de provocation, pour faire une brillante démonstration de l’amour de Christ. Et si on doit vivre avec sagesse, il ne s’agit pas pour autant de vivre comme des lâches ! 
 
« Sommes-nous capables, au-delà de nos convictions, de notre petite tour de Babel évangélique, d’aimer ces gens gratuitement ? » 
 
Paul O. : Aller dans les endroits les plus sales de la Terre, c’est un peu la vision de Sœur Emmanuelle, récemment décédée… 
 
Philippe M. : J’aime beaucoup Sœur Emmanuelle, et d’ailleurs j’ai une petite anecdote à son sujet. Un jour, avec mon église, nous avons organisé un repas sur la terrasse, il y avait une bonne ambiance, et on se régalait. Et tout à coup, il y a une 2CV qui s’arrête juste devant nous, Sœur Emmanuelle en descend et nous demande si elle peut manger avec nous. Je la reconnais de suite, et bien évidemment je l’invite les bras grands ouverts. On se tutoie, elle s’assied à ma table, et on a rigolé pendant une heure ! Et elle me dit, c’est super que vous mangiez ensemble comme cela tous les dimanches, voilà ce qu’il faudrait faire dans les églises catholiques ! J’en garde un excellent souvenir. C’était une personne simple, libre et joyeuse, qui avait compris l’importance et la nécessité d’aimer gratuitement. 
 
Paul O. : Vous n’avez pas peur de mourir en Afghanistan ? 
 
Philippe M. : Je vous le dis sans bravade, je n’ai pas peur de mourir en Afghanistan. Et un jour, vous allez voir, Dieu va nous ouvrir les portes de La Mecque et de l’Arabie Saoudite. Je suis convaincu que l’Evangile va apporter la vraie liberté à tous ces peuples. J’aime le monde musulman, j’aime les Afghans, et je vais essayer de les bénir avec ce que je sais faire. Je ne suis qu’un petit guide de montagne, mais peu importe, car comme je le dis souvent : A chacun son Everest ! Avec ton savoir-faire, va vers ces nations, bénis-les, soigne-les, et aime-les. La plus grande force, c’est l’amour. Même pour l’ennemi, même pour un barbu, pour le pire des Talibans, ce sera très difficile pour lui de te cracher à la figure si tu soignes gratuitement les gens. La plus grande force, c’est l’amour… 
 
« Un jour, vous allez voir, Dieu va nous ouvrir les portes de  
La Mecque et de l’Arabie Saoudite » 
 
Paul O. : Peut-être, mais il y a beaucoup de personnels humanitaires qui se font assassiner en Afghanistan et dans d’autres pays musulmans… 
 
Philippe M. : Bien sûr… Le fait de bénir les gens ne garanti pas totalement la sécurité. Mais soyons clairs, je ne pense pas non plus que tous les chrétiens doivent se rendre en Afghanistan. Maintenant, nous avons tous des talents, et j’invite chacun à ne plus prier le Seigneur de lui rajouter des années à sa vie, mais plutôt de la vie à ses années. Peu importe le nombre d’années que Dieu nous donne. L’important, c’est ce qu’on en fait ! Chaque matin, posons la question au Seigneur : Que veux-tu que je fasse aujourd’hui ? La vie en Christ doit être une aventure. Jésus était un passionné, s’il avait une mentalité de fonctionnaire, il ne serait pas allé mourir sur le bois ! Je suis aussi un passionné, et je me dois également d’engager ma vie. Je travaille pour le Seigneur depuis 20 ans… Dois-je freiner ou pire faire demi-tour ? Il me semble qu’avec le Seigneur, on est davantage appelé à aller jusqu’au bout ! Je vous rassure, je ne suis ni maso ni suicidaire, j’aime ma femme, j’aime mes enfants, et j’aime faire du snow-board ! J’ai beaucoup de loisirs, mais je ne souhaite pas en être asservi. Vous savez, j’ai appris beaucoup de choses en cinquante ans. Plus tu tires vers toi, plus tu t’appauvris. Mais plus tu donnes de ta personne, et plus tu t’enrichis. A quoi ça sert de gravir les 7500m du Mont Noshaq ? En soi, ça ne sert à rien. Mais ça permet néanmoins de redonner de la dignité à des personnes, et à un peuple oublié de la Terre.  
 
« Jésus était un passionné, s’il avait une mentalité de fonctionnaire,  
il ne serait pas allé mourir sur le bois… » 
 
Paul O. : Vous pensez que cette expédition pourra redonner de la fierté à ce peuple ? 
 
Philippe M. : Regardez les derniers Jeux Olympiques. Un afghan a reçu une médaille. Depuis, sur place, la joie est incroyable. Les Afghans ne veulent pas être connus que pour la guerre, la misère et le terrorisme ! Ils ont besoin de retrouver de la fierté. De rêver et d’exister aux yeux des autres, tout simplement. Bien sûr, nous devons prêcher Jésus. Mais sortons un peu de nos circuits fermés, et allons vers le monde, vers les gens, vers ceux qui aimeraient exister. 
 
Paul O. : Pour vous, il faut donc arrêter de relier l’Afghan au Taliban… 
 
Philippe M. : Les Afghans sont un peuple charmant, et la plupart balisent autant des Talibans que nous. Ce sont des gens comme vous et moi qui ont envie de rire, de partager, de vivre quoi. Ils en ont marre de subir toutes ces horreurs…  
 
Paul O. : Pour en revenir à votre expédition, quelle est la suite du programme ? 
 
Philippe M. : Le programme maintenant, c’est un Everest de logistique, donc rien de très excitant… Je ne suis pas un homme de bureau, mais il va falloir l’assumer. A Kaboul, il n’y a rien, pas même un mousqueton. Il va donc falloir apporter 4 à 5 tonnes de matériel. En janvier prochain, grâce à un partenariat, quatre Afghans auront un visa pour venir en France dans le but d’être formés et de s’équiper pour la haute montagne. Et ensuite, on se retrouvera là-bas, au mois de juin, pour parvenir au sommet. 
 
Paul O. : Tout cela doit coûter très cher… 
 
Philippe M. : Oui, tout à fait ! Le budget se situera entre 150.000 et 200.000€. Heureusement, nous avons de nombreux partenariats avec des industriels français comme afghans. A titre d’exemple, nous sommes soutenus par le principal fournisseur Internet du pays, car son responsable est un démocrate qui souhaite que l’Afghanistan sorte la tête de l’eau. 
 
Propos recueillis par Paul OHLOTT.

 

(c) AMEN MAGAZINE - Créé à l'aide de Populus.
Modifié en dernier lieu le 4.01.2010